À propos (d’un verbe à l’in­fi­ni­tif)

L’île de Ro­bin­son inau­gure une si­tua­tion-type de la dé­so­la­tion et de la dé­brouille, de­ve­nue au fil du temps un stan­dard pro­pice à mille re­prises. His­toire de res­capé, l’enjeu du roman de Defoe n’est ce­pen­dant pas la ca­tas­trophe, passée ou à venir, mais le pré­sent d’une praxis, d’un cer­tain régime de l’oc­cu­pa­tion dans un milieu con­traint ‒ oc­cu­pa­tion de l’île et oc­cu­pa­tion sub­jec­tive, mé­ta­phores l’une de l’autre.

Qui­conque cru­soant sur son île, aux prises avec ses dif­fi­cul­tés so­li­taires, est tôt ou tard amené à penser qu’il existe d’autres îles sur les­quelles d’autres ca­ma­rades cru­soent aussi en guet­tant l’ho­ri­zon. Quelque chose passe for­cé­ment d’une île à l’autre.
Il fau­drait cons­truire un radeau.

La revue s’ap­pelle Cru­soer, verbe à l’in­fi­ni­tif. Elle est des­ti­née à frayer un pas­sage entre des îles et grou­per quelques trou­vailles ‒ idées, lettres, his­toires, ques­tions, cri­tiques. Depuis sa propre la­ti­tude, celui qui en a l’ini­tia­tive en­seigne la phi­lo­so­phie dans une école d’art, et c’est dire qu’il se situe déjà à l’in­ter­sec­tion d’un cer­tain nombre de choses, « l’es­thé­tique et aussi l’éco­no­mie po­li­tique », par exemple.
Cette revue est d’abord un lieu de tra­vail. On espère qu’elle per­met­tra à tout·e ca­ma­rade de cru­soer l’esprit léger.

Cru­soer a été inau­guré le 21 Juin 2026. On doit son titre à une ins­pi­ra­tion de Gilles Amalvi. Flo­rent La­hache en est le ré­dac­teur en chef. Didier Le­chenne en a gé­né­reu­se­ment conçu le design et l’ar­chi­tec­ture : la revue lui adresse un re­mer­cie­ment cha­leu­reux.


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