À propos (d’un verbe à l’infinitif)
Crusoer [kruzoé]:
Infinitif du patronyme « Crusoe » (The life and strange surprising adventures of Robinson Crusoe, Daniel Defoe, 1719).
I) œuvrer sur une île déserte, agir en son for ; guetter l’horizon.
II) recueillir des pièces isolées, les mettre en commun ; par ext. : s’écrire.
Le verbe s’emploie de manière transitive (elle crusoait une idée obscure) ou intransitive (nous crusoerons avec insouciance).
L’île de Robinson inaugure une situation-type de la désolation et de la débrouille, devenue au fil du temps un standard propice à mille reprises. Histoire de rescapé, l’enjeu du roman de Defoe n’est cependant pas la catastrophe, passée ou à venir, mais le présent d’une praxis, d’un certain régime de l’occupation dans un milieu contraint ‒ occupation de l’île et occupation subjective, métaphores l’une de l’autre.
Quiconque crusoant sur son île, aux prises avec ses difficultés solitaires, est tôt ou tard amené à penser qu’il existe d’autres îles sur lesquelles d’autres camarades crusoent aussi en guettant l’horizon. Quelque chose passe forcément d’une île à l’autre.
Il faudrait construire un radeau.
La revue s’appelle Crusoer, verbe à l’infinitif. Elle est destinée à frayer un passage entre des îles et grouper quelques trouvailles ‒ idées, lettres, histoires, questions, critiques. Depuis sa propre latitude, celui qui en a l’initiative enseigne la philosophie dans une école d’art, et c’est dire qu’il se situe déjà à l’intersection d’un certain nombre de choses, « l’esthétique et aussi l’économie politique », par exemple.
Cette revue est d’abord un lieu de travail. On espère qu’elle permettra à tout·e camarade de crusoer l’esprit léger.
Crusoer a été inauguré le 21 Juin 2026. On doit son titre à une inspiration de Gilles Amalvi. Florent Lahache en est le rédacteur en chef. Didier Lechenne en a généreusement conçu le design et l’architecture : la revue lui adresse un remerciement chaleureux.
Vous pouvez nous écrire à revue@crusoer.fr.